June 17th, 2008 (10:01 pm)
Où je suis?:
Chez 'Man
Dans la tête: Triste
Dans les oreilles: How to save a life, The Fray
Hier soir a eu lieu un crime immonde. Un crime qui ne sera jamais puni. Personne ne recherchera l'assassin. Personne ne sera pointé du doigt. Car c'est un crime banal. C'est un meurtre que certains d'entre nous ont fait, sans le vouloir. C'est un assassinat que beaucoup on vu, croisé, sans rien dire. Nous détournons juste les yeux.
Quel crime? C'est simplement la mort d'un chat. Un chat tigré, un "chat de goutière". Il était tacheté, mince, élancé et il aimait se rouler dans les graviers, attaqué les jambes de ses maîtres et mordiller les pieds. Il n'aimait pas les caresses, mais aimait vous lécher les mains.
Ce chat s'appelait Grisoux. Et vers 22h, une voiture l'a renversée. A 22h01, alors que je rentrais chez ma mère, j'ai croisé cette voiture qui "roulait bizarrement". Comme si elle roulait sur des oeufs (c'est une expression, hein). Je n'ai compris qu'à 22h02, lorsque j'ai tourné dans ma rue.
Grisoux n'était qu'à un mètre, au milieu de la rue. Il avait l'habitude de jouer au bout de cette rue, dans la rigole et de se rouler dans les graviers qui s'y trouvaient. Je l'y croisais chaque soir, raison pour laquelle je ne fus pas étonnée de le voir coucher au milieu de la route. Je pensais qu'il avait du s'y installer, car, notre quartier n'étant pas fort fréquenté par les voitures, les chats se permettent souvent ce genre de folie.
Mais Grisoux est un chat nerveux et agité. Alors que je m'approchais, je tremblais en constatant qu'il ne bougeait pas. Jamais Grisoux ne serait rester immobile alors qu'un humain s'approchait. J'avançais en courant jusqu'à lui et me mettait à genoux sur la route. Peu importe si une voiture arrivait! Je devais m'assurer qu'il allait bien.
Bien entendu, il n'allait pas bien. Il n'allait pas mal non plus, en vérité, car il était mort. Immobile sur le sol, du sang coulait de sa gueule entre-ouverte et ses grands yeux dilatés fixaient le vide. J'en avais déjà la certitude, mais je pris le risque de le toucher. S'il sursautait, alors il vivait. Et s'il vivait... S'il vivait, j'aurais harceler la vétérinaire jusqu'à ce qu'elle vienne!
Mais il ne vivait plus. Grisoux ne bougea pas lorsque je frolais le haut de sa tête, sa babine, son nez. Il resta immobile, ses yeux ne clignèrent même pas.
J'ai fini par prendre Grisoux dans mes mains. Je l'ai ramassé et j'ai frissonné en le sentant encore tiède. Je me suis souvenue de la voiture que j'avais croisé, il n'y avait que quelques minutes qui étaient bursquement devenues une éternité.
Je l'ai pris, donc. D'abord pour le mettre sur le bord de la route, le temps d'aller demander à ma soeur ce qu'on devait faire. Puis je l'ai reprit pour aller le mettre dans une caisse. J'ai déposée cette caisse dans la remise, au fond du jardin. Et le lendemain, ma soeur a appelé un de nos oncles.
Nous avons creusé une tombe à Grisoux au fond du jardin. Il y repose avec nos chiens, Zoulou et Canelle... Le premier mort renversé, la seconde de vieillesse.
Pour la personne qui a écrasé Grisoux, ce n'était qu'un chat. S'est-elle seulement aperçue de ce qu'elle avait fait? A-t-elle senti que quelque chose passait sous sa voiture? J'en doute. C'était une femme. Une femme se serait normalement arrêtée.
Pour cette personne, ce n'était donc même pas un chat. C'était une anomalie de la route. Pour moi, pour ma famille, Grisoux était le jumeau de Grisette. Ils étaient sans arrêt ensemble et maintenant, Grisette tourne en rond dans la maison et parfois, elle miaule en regardant par la fenêtre et guette sa présence lors de son repas. Car ils mangeaient toujours dans le même bol.
Pour nous, Grisoux est l'un des cinq chatons nés dans la garde robe de la cave. L'un des cinq chatons qui avait réussi à monter sur ladite garde robe alors qu'il n'avait que quelques semaines. L'un des cinq chatons, sur les trois, que nous avons gardés et que nous chérissions depuis un mois. Ce n'était pas qu'un chat. C'était Grisoux.
Je ne comprends pas les gens qui roulent trop vite, qui écrasent un chat et ne le sentent même pas. Je ne comprends pas les gens qui, après avoir roulé sur un chien, descendent et vérifient que leur voiture n'a rien.
Je ne comprends pas que pour un enfant, on descende en courant et on s'affole, on déprime, on tente de se suicider. Ce ne sont que des chats, des chiens, des lapins, des oiseaux, des souris, des furets, des sangliers, un cerf, un faon....
Mais ce sont aussi des êtres vivants à qui on a pas appris le code de la route. Ils ne savent pas qu'ils doivent regarder des deux côtés de la route avant de traverser. Ils ne savent même pas nous prévenir lorsqu'ils ont mal quelque part. Ils sont muets et de ce fait, quand on les écrase, les frappe, les maltraite, on ne s'inquiète pas. Un animal n'irait pas porter plainte contre un humain, n'est-ce pas?
Leur seul recours, c'est notre culpabilité. Mais il y a des gens qui ne culpabilisent pas. Comme ceux qui descendent de leur voiture pour voir si elle n'a rien. Comme ceux qui ne s'arrêtent pas, qui se disent que ce n'était "Qu'un chat". Qu'une anomalie de la route.